Alexandre Romanes

Par Pierre Tellierphotos : willy Huvey Alexandre Romanes Jean Genet lui disait souvent: « Tu devrais écrire, tu sais raconter, tu as le sens des mots. » Une fierté teintée d’incrédulité, tel serait aujourd’hui le sentiment de Jean Genet s’il apprenait que son ami qu’il fréquenta quasi-quotidiennement les dix dernières années de sa vie allait publier son troisième recueil de poèmes dans la collection NRF chez Gallimard, Sur l’épaule de l’ange  ! Une rencontre qui date de la fin des années 70. Alexandre, qui s’appelait encore Bouglione, était comme l’incarnation vivante des fantasmes du vieil écrivain sulfureux : jeune et gitan, beau comme un prince hindou, ex-dompteur de fauves dans le cirque de son père Firmin Bouglione, ancien taulard, il disait : « Être Gitan, c’est aller plus vite en prison qu’un autre » ; quasi inculte, in répétait : « J’ai été quelques mois à l’école, mais on a pas pu me garder : on n’était jamais parvenu à me faire asseoir. »Et rebelle, par dessus tout ! Quelques mois avant de rencontrer Genet, Alexandre Bouglione décidait, à 25 ans, de tout plaquer : sa famille, le cirque, l’arrivisme. Un Gitan hippie en quelque sorte. « Le cirque de mes parents ressemblait de plus en plus à un hangar pour avions », confie-t-il.Pendant plus de vingt ans, le fils unique des Bouglione va vivre sur un fil, alternant apprentissage du luth, passion de la musique baroque, discussion avec des poètes, numéros d’équilibriste dans la rue ou, encore, rempaillage de chaises !Mais, pour Alexandre, renoncement ne signifie pas reniement. S’il fait une croix sur le monde du cirque, il va revendiquer plus que jamais ses racines. Rom, il est, Rom, il sera encore plus ! Il va partir à la rencontre de son peuple, fréquentant les campements des nomades : « Souvent coincés entre l’autoroute et la décharge municipale, les Gitans occupent la dernière place de la société. Mais cette place me plaît, je n’en voudrais pas d’autre. »C’est dans un campement près de Nanterre que sa troisième vie va commencer. Il y rencontre Delia Moldovan, de vingt ans sa cadette. Coup de foudre ou plutôt… coup de tonnerre ! Avec Delia, chanteuse tzigane au tempérament de feu, venue à 17 ans de Roumanie, toute seule, pour fuir le régime de Ceausescu, c’est le retour aux sources ! Alexandre se fait appeler Romanès et, avec sa fougueuse compagne, en 1994, il crée le cirque du même nom, achète un petit chapiteau, un camion poussif, quelques caravanes… et l’aventure commence. Depuis quinze ans, la petite troupe enchante le public parisien avec son spectacle unique. Le Cirque Romanès, ou le cirque à l’état brut, sans fioritures. Comme sa poésie. Des fulgurances à la beauté épurée. Alexandre a commencé à écrire exactement quand il a retrouvé la piste, avec Delia, et ses cousins musiciens et saltimbanques. Pur hasard ? Certainement pas ! Le cirque Romanès ou quand le poète revient au cirque, le cirque devient poésie pure ! ncirqueromanes.comBibliographie À paraître début 2010 : Sur l’épaule de l’Ange, Gallimard.Alexandre Bouglione, Un peuple de promeneurs, ÉD. Le Temps qu’il fait.Alexandre Romanès, Paroles perdues, Gallimard