Arabic Bloom
Caroline Hancock arabic bloomComme l’indiquaient Sara Kamalvand dans son article « Téhéran Underground » (Tale #3) et Raphaële Bidault-Waddington dans « Backstage Dubaï » (Tale #4), la région du Moyen Orient est au centre des attentions du milieu de l’art international (ou plutôt occidental). Jusqu’à présent, les pays d’Afrique du Nord ont largement moins bénéficié de cet engouement. L’Égypte fait figure d’exception puisqu’elle entretient des relations très étroites avec la scène internationale, plutôt qu’avec ses voisins de gauche. Mai Abu ElDahab était co-commissaire de Manifesta 5 en Chypre. Bassam El Baroni et Jeremy Beaudry de Alexandria Contemporary Arts Forum (ACAF, www.acafspace.org) étaient co-commissaires de Manifesta 8. La Biennale d’Alexandrie a attiré les foules et créé la polémique en 2009. Gezira Art Center est le musée d’art moderne au Caire. Cette année, Contemporary Image Collective (CIC, www.ciccairo.com) organise PhotoCairo 5. À part ceux déjà mentionnés plus haut, bien d’autres artistes avec un lien à l’Égypte ont une renommée bien au delà des frontières comme par exemple Doa Aly, Ghada Amer, Lara Baladi, Hala El Koussy, Susan Hefuma, Amal Kenawy, Youssef Nabil, Wael Shawky. Beaucoup d’entre eux sont représentés par Townhouse Gallery (www.thetownhousegallery.com) dont l’activité inclut également un programme de résidences. L’artiste Moataz Nasr est le fondateur de Darb 1718, Contemporary Art and Culture Center (www.darb1718.com). Son installation vidéo The Echo confronte dans l’espace un passage très connu du film El Ard (La Terre, 1969) avec une scène miroitant ce monologue filmé dans un café du Caire en 2003. Sa page Facebook nous a tenu en haleine durant les événements de la Place Tahrir. Suivons donc la suite de cette libération. Pour ce qui est de la Libye, cette scène reste plus que mystérieuse (sinon peut-être Art House Gallery). Le travail de Arwa Abouon qui a été vu internationalement depuis quelques années est néanmoins un signe des découvertes tri-dimensionnelles à venir. Il serait d’ailleurs intéressant de se pencher sur l’action culturelle proposée par les organismes des anciens colonisateurs. Ici, apparemment les instituts français et italiens, et ailleurs le British Council ou l’Institut Goethe (ou ifa). Ces présences variables selon les politiques dans chaque pays et l’accès aux langues étrangères guident (ou dictent) encore les liens avec la scène artistique internationale. D’ailleurs, pour l’instant seuls le Maroc et l’Égypte ont des pavillons durant la Biennale de Venise.En Tunisie, il est prévu l’ouverture d’un ambitieux musée d’art contemporain cette année – la Cité de la Culture. Les commissaires Rachida Triki sur place, Michket Krifa à Bamako, et Mouna Mekouar au Centre Pompidou à Metz se font les chantres de la créativité tunisienne. Dream City (www.dreamcitytunisie.com) est un festival pluridisciplinaire des arts dans les rues de la médina de Tunis. À Londres, c’est la galerie Selma Feriani qui porte le flambeau (www.selmaferiani.com). Nadia Kaabi Linke a reçu le Abraaj Capital Art Prize de Dubaï en 2010 (www.nadiakaabilinke.com). À noter aussi par exemple le travail de Ismaïl Bahri, Dora Dhouib, Hichem Driss, Mouna Jemal, Florence Lazar... Mouna Karray venait de vernir l’exposition de sa série Murmurer dans la Galerie El Marsa (www.galerielmarsa.com) en janvier à l’orée de la Révolution de Jasmin. Dans sa série Au risque de l’identité…, elle s’approprie la personnalité d’une autre le temps d’une photo. En Algérie, le Musée d’art moderne d’Alger (MAMA) a ouvert ses portes en 2006 dans un ancien grand magasin de style néo-mauresque. Le F.I.A.C. (Festival International d’Art Contemporain) y aura lieu tous les deux ans ainsi que le Festival International de la Photographie. Les principaux comissaires sont Mohammed Djehiche, Noureddine Ferroukhi, Nadira Laggoune et Mustapha Ourif. Le second Festival Panafricain d’Alger eu lieu en juillet 2009 renouant avec l’ambition de la première édition en 1969. D’autres centres présentant l’art moderne et contemporain sont le Bastion 23, le Centre Culturel Français et la résidence de la Villa Abd-el-Atif, ainsi que la Galerie Esma et la Galerie Racine. Les artistes actifs sur place ou dans la diaspora sont notamment Adel Abdesemed, Saadane Afif, Larbi Arezki, Kader Attia, Fayçal Baghriche, Zoulikha Bouabdellah, Bruno Boudjelal, Halida Boughriet, Omar D, Sophie Elbaz, Hakima El Djoudi, Katia Kameli, Djamel Kokene, Amina Menia, Yazid Oulab, Zineb Sedira, Assan Smati, Djamel Tatah. Une exposition à Cornerhouse à Manchester « New Cartographies : Algeria-France-UK » réunira certains de ces artistes du 8 avril au 5 juin 2011 (www.cornerhouse.org). Deux vidéos séparées de presque 10 ans permettent de revenir de manière très distincte mais également poignante sur la décennie noire algérienne des années 1990 et début 2000 : Un Aller Simple de Ammar Bourras et Untitled de Neïl Beloufa. En 2010, Beloufa reçut pour cette œuvre le Prix Studio Collector initié par Isabelle et Jean-Conrad Lemaître en partenariat avec Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Tourcoing. Récemment diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Tours, Massinissa Selmani fut invité par les commissaires Mohamed Bourouissa et Nabila Mokrani à participer à « Hamdoulah ça va », une exposition collective à la galerie « 59 Rivoli » à Paris. Histoires pas-rallèles souligne des questionnements brulants.Au Maroc, les scènes sont éparpillées. Espace expérimental, l’Appartement 22 à Rabat (www.appartement22.com) fut fondé par Abdellah Karroum en 2002. La prochaine biennale Arts in Marrakech (AiM, www.aimbiennale.org) aura lieu en 2012 et la deuxième édition de Marrakech Art Fair en 2011. La résidence de Dar Al-Ma’mûn (www.dam-arts.org) accueille depuis peu des artistes internationaux. Quelques galeries commerciales : Galerie 127 à Marrakech (www.galerienathalielocatelli.com), Galerie MOOA à Rabat (www.galeriecmooa.com), Galerie FJ à Casablanca (www.galeriefj.ma). Parmi les artistes à mentionner par exemple : Abu Ali, Brahim Bachiri, Bruno Barbey, Latifa Echakhch, Mohamed El Baz, Mohamed El Mahdaoui, Mounir Fatmi, Hassan Hajjah, Tala Hadid, Maria Karim, Majida Khattari, Younès Rahmoun, Batoul S’Himi. Ouverte en 2007, la Cinémathèque de Tanger (www.cinemathequedetanger.com) est un des (tristement) rares cinémas d’art et d’essai en Afrique du Nord. Militantes dans leur engagement pour la cinéphilie, les artistes Yto Barrada et Bouchra Khalili ont fondé ce lieu phare et respecté internationalement. Khalili vient de publier Story Mapping (www.lespressesdureel.com); « The Mapping Journey Project » (2008-2011) comprend une série de vidéos documentant un rapport dessiné de voyages clandestins dans la région méditerranéenne proposant ainsi une nouvelle cartographie. Salma Cheddadi nous mène ailleurs. Sans paroles, Mangousteens on Milk est un périple ultra-sensible de Chiang Mai en Thaïlande jusqu’à Singapour. Afin d’être « géographiquement correct », la Mauritanie doit figurer. Mais cela m’est difficile hormis un coup de projecteur sur le projet de l’artiste/curator Ursula Biemann The Maghreb Connection qui s’est notamment préoccupé des migrations au Sahara et Floating Coffins de Zined Sedira tourné dans un cimetière de bateaux à Nouadhibou. À noter enfin, le lancement en juin d’une nouvelle plateforme de publications sur la région et le Moyen Orient : Ibraaz (www.ibraaz.org) est un projet de la Fondation Kamel Lazaar à Tunis. n