Comme un feu...
Nous étions tout juste adolescents quand sortit, à l’automne 84, l’album Rattlesnakes, de Lloyd Cole and the Commotions. Les médias parlaient alors de « collège rock ». Cet album allait, en effet, cristalliser les années lycée d’une génération qui n’avait pas encore connu la guerre (celle qui opposa jadis les Beatles aux Stones, les mods aux rockers, Donovan à Dylan…) À 13 ans donc, il fallut s’engager, choisir son camp. La new wave avait atteint un point de non retour avec Duran Duran, Spandau Ballet et autres Heaven 17, annonciateurs de futur périls encore plus dévastateurs pour l’humanité (Wham, Rick Astley, Nik Kershaw, Kajagoogoo…). Il fallait réagir. Nous achetâmes donc l’album Rattlesnakes. Sur la pochette, il y avait une porte entrouverte. Nous franchîmes son pas. Derrière, nous découvrîmes un nouveau monde où Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Bernard Tapie, Jack Lang et Marc Toesca n’existaient pas, où le matérialisme qui décimait la décennie n’avait plus aucun droit. Dans cette ➤ ➤ ➤ cabane à ciel ouvert, on lisait des bouquins au coin du feu : Play it as it Lays de Joan Didion (le titre de l’album est une référence directe au roman), Norman Mailer, Simone de Beauvoir, Renata Adler… En s’aventurant dans les sous-bois, on découvrit que Lloyd Cole avait semé des disques sur sa route comme autant d’indices d’une histoire à recomposer : Blood on the Tracks de Dylan, le troisième album du Velvet, Sweetheart of the Rodeo des Byrds, New Skin for the Old Ceremony de Leonard Cohen, Pet Sounds des Beach Boys…. Autant de disques qui avaient, dès lors, valeur de talisman, et que l’on écoutera en regardant la pluie tomber, ou le soleil se lever. De l’amour du texte Dans le monde idéal de l’album Rattlesnakes, les rues portaient des noms de filles, et l’on se baladait en 2CV. Pour la première fois depuis longtemps, le tout-synthétique qui avait plastifié la sono mondiale s’était tu, et l’on avait ressorti des guitares sèches et des instruments à vent. Cachés dans les bosquets, des cousins éloignés, The Smiths et Prefab Sprout allaient bientôt sortir des fourrés, et rallumer, eux aussi, la flamme du rock. Retour au fondamentaux, au « songwriting » avec, à l’horizon une seule conviction : les violons ont toujours raison. Mais Rattlesnakes fut une malédiction pour Lloyd Cole qui ne réussit jamais à reconquérir de telles cimes. Feu de fôretÀ mi-parcours d’un album quasi parfait surgit, en effet, un classique instantané, intemporel, le genre de chanson qu’on écrit qu’une seule fois dans sa vie, et qui vous foudroie pour l’éternité : I believe in love, I’ll believe in anythingThats gonna get me what I want and get me off my kneesThen well burn your house down, dont it feel so goodTheres a forest fire every time we get togetherDoo doo doo, doo doo doo doo doo dooLloyd Cole nous glissait alors à l’oreille une chose essentielle que nous ne comprenions pas encore : en 1984, pour la première fois, nous venions de tomber amoureux. Comme un ouragan, qui passait sur nous, Forest Fire venait de tout emporter sur son passage. L’âme ainsi conquise ne devait plus résister bien longtemps n