Electric Circus

Par Reiko UnderwaterIllustrations : virginie dubois   « Je regarde la rue par la fenêtre. Des enfants sont en train de jouer. Ça tourne en rond, encore et encore. Où ça finira ? Personne ne le sait. Leurs visages semblent dire qu’il va encore se mettre à pleuvoir. Encore un autre mot à quatre lettres. Je ne tomberais plus amoureuse. Encore un autre mot à 4 lettres. Love est un mot à 4 lettres qui ne devrait jamais être entendu. Un mot à 4 lettres. »*Aujourd’hui, je me sens mélancolique. Plutôt, plutôt, mélancolique.The Antlers passe en boucle dans mon casque. Kettering. Ce morceau me rend assez dingue. La voix de Peter Silberman a certainement quelque chose de dramatique. Il semble gémir, et ça devrait plutôt me taper sur le système. Malgré tout, il me touche. La partition commence assez simplement avec quelques notes de piano, et au climax de ces émotions, des cordes, des percussions, des cuivres harmoniques arrivent en grande fanfare. C’est douloureux et poignant à la fois, et je me laisse submerger par tout ce chaos euphoniqueI wish that I had known in /That first minute we met /The unpayable debt /That I owed you/ 'Cause you'd been abused /By the bone that refused /You and you hired me /To make up for that / And walking in that room / When you had tubes in your arms / Those singing morphine alarms / Out of tune / They had you sleeping and eating and / And I didn't believe them / When they called you a hurricane thunder cloud / When I was checking vitals / I suggested a smile / You didn't talk for a while / You were freezing /You said you hated my tone / It made you feel so alone / So you told me I had to be leaving / But something kept me standing / By that hospital bed / I should have quit but instead / I took care of you / You made me sleep and uneven /And I didn't believe them / When they told me that there / Was no saving you.   Ça m’inspire une tendre élégie. Electric Circus Nightclub, 1967Il me semble voir des cracheurs de feu, des trapézistes et des jongleurs jouant par intermittence entre des live expérimentaux. Des lumières stroboscopiques sur le dance-floor, des images saccadées de films Lo-fi projetées tout autour de nous. East Village, New York.Artistes et hippies vivaient dans ce quartier de New York, attirés par la Beat Generation, le punk, et la contre-culture des années 50-60. L’Electric Circus était une célèbre discothèque américaine dans le East Village de Manhattan (1967-1971)The Exploding Plastic InevitableDans les années 60, la vie nocturne et bohémienne de New York, qui avait pros place dans le Greenwich Village (à l’opposé du East Village, côté ouest) commençait à émerger dans le East Village.En 66, Andy Warhol et Paul Morrissey sous-louèrent le club et créèrent le Dom.Le Velvet Underground en était le groupe résident, et leurs performances étaient accompagnées de plusieurs effets de lumières avec des films et des photos projetés en même temps. En 1967, le club fut récupéré par l’Electric Circus.L’Electric Circus devint lui aussi le dôme ultime du plaisir pluridisciplinaire de New York.Son atmosphère hédoniste était influencée par la culture disco, propageant des bains de lumières hallucinogènes, de musique (The Velvet Underground, The Grateful Dead, mais aussi Terry Riley et Morton Subotnick, les pionniers de la musique électronique), d’artistes de cirque et de théâtre expérimental.Un vrai bordel.L’Electric Circus incarnait le délire et la créativité de la culture de la nuit des années 60.En 1970, la culture hippie commençait à se fatiguer. Une bombe explosa sur le dance-floor, apparemment déposée par un membre du Black Panther Party, qui causa plus de quinze ­blessés. La publicité négative qui en découla accéléra le déclin du club, et il ferma en 1971.