Ethnic Zombie
La psychose générale engendrée par la grippe A nous contamine l’esprit, paranoïa ambiante. La peur du contact, de l’autre, traduite dans une hygiène exacerbée.Michael Jackson est mort, nous léguant une image zombiesque en décomposition physique gouvernée par ses propres phobies. En boucle, les images du clip Thriller défilent comme une ode à sa vie. Ce fameux rire narquois nous nargue, à bon escient : on se moque de nous et de nos angoisses modernes. On nous individualise, l’autre est l’ennemi. L’inconnu suscite la peur et exerce sur nous une fascination paradoxale. Celle qui nous paralyse, qui nous empêche de réfléchir avec discernement ; ces craintes qui ne répondent pas seulement à une peur infantile liée à la forêt, l’obscurité ou la solitude, mais, aussi, à une réalité bien plus dramatique encore…Histoire de l’horreur moderneLes oracles de la musique nous avaient prévenus. Notre schizophrénie collective ne fait qu’accroître. J’ai touché du doigt l’épouvante, et je réfléchis à ce que l’on m’a longuement servi à souper, tous ces dogmes et sermons. Je ne peux être l’opinion publique, car personne ne peut se réduire ou se confondre à ce seul état de masse. L’individu répond à la collectivité en essayant de s’en détacher, mais il ne peut se séparer d’elle. L’invraisemblable complémentarité des opposés. Inquiétante étrangetéAlors, j’écoute, espérant des réponses me permettant de comprendre que tout ce qui me semble acquis n’est que mirage. Il n’y a rien à craindre du vide, de l’absence, de l’inconscience, de la solitude, ou de l’Inconnu(e).L’univers de Fever Ray est faste et inquiétant. La Suédoise Karin Dreijer Andersson, chanteuse du groupe chimérique The Knife, nous livre ici son projet solo, d’une lente et savoureuse frénésie. Une pirogue où sont assis des enfants apathiques traversant doucement une forêt dans la nuit noire. D’étranges personnages aux allures tribales les observent. Un grand bassin dans un domaine bourgeois, vidé. Des corps inertes, ➤ ➤ ➤ épars. Des sonorités de tribus indiennes, sud-américaines, mêlées à l’étrangeté nordique. Dans cette demeure, d’autres corps morts. Macabre spectacle d’une bourgeoisie européenne. Karin, le visage maquillé représentant un squelette, emporte les enfants en s’évaporant dans les reflets du lac (If I Had a Heart). Rock progressif Plus ensoleillé, Rainbow Arabia, un groupe californien composé du couple Danny & Tiffany Preston, vient de sortir un EP, Kabuki Mono, sur le label Manimal Vinyl, après la sortie (trop) discrète du précédent et très précieux, The Basta. Un album en phase avec le nom du groupe, un kaléidoscope de sons électroniques, souvent psychédéliques voire punk, parfois, mariant synthés libanais et percussions empruntés à la world music. La voix enchanteresse, presque sépulturale, de cette charmeuse de serpents hypnotise par ses montées perçantes rend particulièrement docile.Les redoutables producteurs : Switch, l’Anglais, et Diplo, l’Américain, ont composé un album (Guns Don’t Kill People... Lazers Do) sous le nom futuriste de Major Lazer, influencé par le dance-hall jamaïcain en passant par des beats africains et brésiliens. Une pléthore d’artistes sont venus prêter leur voix à ce projet coloré, excitant, fantasmagorique et parfois même lubrique : Santigold, Mr Lexx, Nina Sky, Jovi Rockwell, Ms Thing, Future Trouble, pour n’en citer que quelques uns. Cela pourrait être l’histoire d’une G.I. Joe black sur un surf volant à l’assaut de vampires-zombies menaçant l’étrange empire égyptien, dans un décor psychédélique et futuriste. (Hold The Line).C-Thru est un titre envoûtant de Lemonade & Glasser, que l’on trouve sur la compilation Let’s Kiss & Make Up (Tsunami-Addiction). Il évoque les danses indiennes qui, progressivement, évoluent dans un désert de sable, sur une nappe de sons électroniques pour s’échapper dans un nuage de fumée hallucinogène. Je ferme les yeux. Les zombies sont éternels.« Le comble de la bêtise, c’était de croire que nous gobions les vertueux mensonges qu’on nous débitait. La bêtise nous faisait rire, c’était un de nos grands sujets de divertissement ; mais elle avait aussi quelque chose d’effrayant. Si elle l’avait emporté, nous n’aurions plus eu le droit de penser, de nous moquer, d’éprouver de vrais désirs, de vrais plaisirs. Il fallait la combattre, ou renoncer à vivre. » Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée – 1958. (Extrait).