Heart Ringers # 39 BLESS

Les présentations de la marque BLESS ont toujours quelque chose de particulier, un concept fort et original en cohérence parfaite avec la ligne directrice de leurs collections.Je les connais depuis quelques années maintenant. Par ailleurs, je suis une très grande adepte de ce qu’elles font, et j’adhère complètement à leurs idées. Leur univers est unique dans son genre, alliant le design et la mode avec cohésion. J’accepte toujours volontiers de participer à leur show. Comme d’habitude, on ne sait jamais par avance ce qu’elles vont nous demander de faire ni le lieu où tout va se passer. On doit s’attendre à tout : jouer de la batterie, jouer au foot, rester statique pendant plusieurs minutes, etc.N°39 Heart Ringers/SS 201016h, Jessica, Sophie et moi arrivons dans les écuries du 104, rue Curial dans le 19e arrondissement parisien. Vaste espace. Là, on nous accueille avec des bretzels, de la bière, du vin rouge, et des fruits.On nous explique qu’il va falloir faire des acrobaties. Un peu étonnées, on n’est pas certaines d’être à la hauteur, mais on reste motivées. Inès nous montre des images de figures pour nous inspirer. Très drôle d’ailleurs, quoiqu’un peu périlleux !On commence les répétitions. Sophie est la plus vaillante d’entre nous. Je suis la plus légère, a priori, je ne porterais personne. Tant mieux. On commence des figures, un peu au hasard. Jessica et Sophie, accroupies au sol, je monte sur leur dos, et voilà la première figure. Pas si compliqué. Je ne suis pas très à l’aise, mais à force d’entraînement on devrait y arriver. On finit par composer sept figures différentes. Le tout est de les tenir le plus longtemps possible. C’est plutôt drôle, même si parfois on se sent ridicule, car peu athlétique.17h30, on nous dit qu’il faut attendre que quelqu’un repasse nos vêtements. Pendant ce temps-là, on boit des bières en regardant les autres tableaux humains. Chaque tableau se trouve dans un endroit différent. 19h, on s’habille, on passe aux photos. Ensuite, on se balade, on papote avec les uns et les autres. À force de faire les défilés Bless, on finit par se connaître tous. Une ambiance familiale. 21h, le show va commencer. On prend place dans la salle, dans l’obscurité. Quand les lumières s’allument, on attaque vaillamment nos figures. Le public rentre dans l’espace, et là une crise de fou rire nous prend, qu’on essaye tant bien que mal de dissimuler. On ne se rend jamais compte de l’impression que ça fait quand le public nous regarde comme si l’on était un objet. On se sent scruter dans tous les sens. Sans compter les photographies incessantes. Le plus difficile c’est quand on reconnaît des gens qui se marrent en nous regardant, et qu’il faut garder un minimum de sérieux.Mais finalement, on trouve notre aise. Il y a cette fille qui me regarde avec un large sourire. Je la reconnais, elle était dans ma classe en 6e, et je ne l’ai pas revue depuis. Qu’est-ce qu’elle fait là ? Elle s’approche de moi et me dit : « C’est dingue, j’ai pensé à toi hier… », mais elle ne se souvenait même plus de mon prénom. On fait nos sept figures, et l’on recommence. Sans cesse. Ça commence à devenir fatigant. On ne s’était pas rendu compte à quel point c’est physique de faire ces acrobaties.On persévère, parfois on s’arrête pour reprendre des forces, et discuter un peu. Ça dure assez longtemps. Il y a du monde qui nous regarde.Finalement, les lumières s’éteignent. Qui est BLESS ?Duo féminin de designers, formé par Desirée Heiss, installée à Paris, et Inès Kaag, basée à Berlin, Bless est une plate-forme de création qui échappe à toute définition de l’univers de la mode. Pourvu d’un concept fort qui tendrait à décloisonner la création entre mode, arts visuels, design et architecture, elles font intervenir leurs amis et/ou clients méthodiquement. Bless n’est ni mode ni anti-mode, mais conçoit la mode comme un espace subjectif d’adaptation, transformable et multifonctionnel, ouvert à toutes les possibilités.