Helga Wretman

Helga Wretman, est une artiste du corps. Née à Stockholm en Suède, elle vit aujourd’hui à Berlin, depuis plusieurs années.Après avoir obtenu son diplôme de danseuse contemporaine à la Royal Swedish Ballet School, elle explore aujourd’hui le côté libre et créatif de la performance. Reiko Underwater : Comment as-tu commencé ta recherche personnelle en termes de performance ?Helga Wretman : Le fait de n’être qu’une danseuse, et de ne prendre part à aucune décision m’ennuyait beaucoup. C’était comme performer pour des projets dont je ne me sentais pas assez forte. Alors, j’ai initié mes propres projets, en commençant à expérimenter la vidéo et la performance. Je travaille encore avec d’autres personnes en tant que performeuse mais, désormais, je ne participe que lorsque le projet m’excite ! Il va de soi que la performance est en corrélation avec le corps. De mon point de vue, ta manière de travailler avec ton propre corps a quelque chose d’extrême, que je comparerais au travail d’une contorsionniste. Tu peux jouer avec toutes les parties de ton corps, faire ce que tu veux avec. Je ne me vois pas vraiment comme une contorsionniste. J’ai entraîné mon corps jusqu’à ce que je puisse être capable de faire ce que je voulais avec. J’adore la sphère du mouvement sur plusieurs niveaux, j’aime travailler avec le mouvement dans des situations extrêmes, car il peut créer visuellement un sentiment de surréel.Aussi, la nudité semble avoir une part importante dans ton travail. Est-ce qu’il y a un point de vue politique ­derrière tout ça, ou alors est-ce ­beaucoup plus instinctif ?La nudité est une manière d’enlever toute situation que le vêtement apporte au corps. Dans une pièce, le vêtement définit toujours une temporalité et un personnage. Le corps nu a quelque chose d’étonnant, car il est quelque part érotique, et parce que nous ne le montrons pas à tout le monde dans la vie quotidienne. Mais, je pense qu’un corps avec, par exemple juste des sous-vêtements, est beaucoup plus sexuel. Le nu n’a pas besoin d’accessoires et il n’y a rien à cacher, et c’est la meilleure manière de créer une certaine atmosphère.Le langage du corps dans ton travail me semble se positionner entre le cirque (la place du corps dans la confusion) et le ballet (comme beauté et perfectionnisme du corps). Est-ce que tu aimes jouer avec ces deux notions ? Et qu’est-ce que le cirque signifie pour toi ?Le cirque, pour moi, c’est la création ­d’illusions, et pouvoir faire des choses que le public ne peut pas imaginer comme possible. Le ballet est une forme de cirque, dans le sens qu’on produit ce que les autres ne peuvent pas. Le cirque, en tant que performance, ne m’intéresse pas tant que ça. Je pense que dans le cirque, il n’y a pas de place pour la confusion du corps, il s’agit de précision et d’organisation parfaite, tout comme dans le ballet, et c’est ce qui le rend fantastique. Je n’essaie pas d’être belle quand je performe et, parfois, j’utilise un langage du mouvement complètement déchaîné, mais qui ne veut pas dire pour autant que je perds la maîtrise de ce que je fais. Comment travailles-tu tes chorégraphies, par exemple dans “A Network of Love” en collaboration avec Aids-3D et Donna Huanca ?*  Cette performance, tout particulièrement, a été une sorte d’improvisation. Il y avait des choses qui étaient nécessaires dans un certain ordre, et dans une certaine atmosphère mais, autrement les mouvements étaient tous improvisés. Je travaille uniquement comme ça quand je suis la seule performeuse sinon, oui, je travaille avec l’aide d’autres danseurs sur les chorégraphies. Chaque projet a un procédé à chaque fois un peu différent, c’est ce qui motive.Tu as aussi travaillé avec Peaches sur le clip “Relax”. Est-ce que tu pourrais en parler un peu ?Peaches et le réalisateur Fubbi Karlsson sont arrivés avec ce concept d’un scientifique fou (Peaches) qui essaye de créer une armée de femmes parfaites, et une sorte de Frankenstein. qui tourne mal. Mais ça tourne à l’echec et il la tue, à la fin. Ils m’ont contactée, puis on a travaillé la chorégraphie, ensemble avec Peaches, et c’est aller très vite. C’était vraiment super drôle à faire.Je suis très curieuse quant à ton travail de cascadeuse que tu fais dans les films. Comment as-tu trouvé ce job ?Je suis vraiment nouvelle dans le business de la cascade, et j’aime beaucoup. C’est aussi un vrai truc que de créer des illusions, aussi bien que des situations extrêmes dans les films. Je travaille avec l’équipe de cascadeurs, Buff Connection, à Berlin, comme doublure cascadeuse pour enfants, ou pour des femmes petites. C’est vraiment intéressant et drôle d’être transformée en une autre personne qui est, elle aussi, transformée. L’idée m’est venue après avoir fait une performance de combat, avec des cascades du corps sur scène. J’ai pensé alors que ce serait cool de le faire dans des films. Certaines choses qui arrivent sur scène sont incomparables à ceux que nous faisons dans les films. C’est beaucoup plus extensif, et les situations sont très différentes. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, et je m’y emploie avec enthousiasme. Je dois arriver à faire confiance à mon équipe. Et j’espère que je pourrais leur donner une certaine sécurité aussi, un jour, quand j’aurais accompli plus d’entraînements. Le truc le plus fou que j’ai fait était de doubler une petite fille de 5 ans : je devais glisser sur le côté d’une gigantesque chute d’eau puis me faire secourir. J’étais totalement protégée grâce à des cordes et des harnais, mais c’était vraiment une incroyable expérience.Quels sont tes projets en cours ?Je chorégraphie une performance pour Art Basel Miami, ça s’appelle G.S.M (Global Short Message) et la performance sera faite par les Miami Gay Mens Choir, et la Miami Roxy Theater Company de soixante personnes. Je reste dans l’ombre, cette fois-ci ! n(*) Performance à la galerie Exit Art de New York.helgawretman.com
 
 
 
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