In Unisson
Par Reiko Underwater.
Mars 2011, le Japon vit une situation d’horreur et d’angoisse du désastre, et nos pensées accompagnent amis et famille se trouvant là-bas. Dans la terreur, il y a quelque chose d’extrêmement incontrôlable. Vu d’ici, la panique et le stress m’affaiblissent. Il est difficile de se concentrer quand images et mots inquiétants (raz-de-marée, réplique de secousses, probabilité alarmante d’accident nucléaire) passent en boucle depuis trois jours. Les conséquences ne semblent pas s’atténuer. Alors j’opte pour une musique de choix pour accompagner mon anxiété.
Unison est un groupe français – plus la peine de regarder à l’ouest pour se rendre compte que la France développe des artistes émérites (Cheveu, La Chatte, Zombie Zombie, Koudlam, Haussmann et j’en passe).
On ne sait pas grand chose sur ce groupe, mais à l’écoute de leur EP « Outside », sorti sur le label Matte Black Editions, outre-Atlantique, une musique imprégnée d’images de films étranges, et terrifiants, accompagnée d’une voix féminine envoûtée par des mélodies mélancoliques, je m’apaise.
Qui se cache derrière le nom énigmatique de UNISON ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? Je me demande si vous êtes un couple, ou un frère et une soeur incestueux...
Julien : Nous sommes Mélanie Moran et Julien Camarena. On s’est rencontrés sur internet, je cherchais une chanteuse pour un projet qui me tenait à coeur depuis 4 ans déjà.
J’ai passé des années à imaginer cette musique, elle est apparue progressivement dans mon esprit pour finir par devenir une entité singulière, comme pour certains schizophrènes.Cette créature me vampirise depuis et c’est mon unique préoccupation.
Mélanie : La rencontre a eu lieu fin 2008. La fusion, inévitable, est survenue quelques mois plus tard. Depuis on ne se quitte plus.
Julien : Unison c’est non seulement cette créature qui me hante, mais c’est aussi notre union. Cela n’aurait pas pu se passer avec quelqu’un d’autre que Mel. Il est rapidement devenu très clair que tout allait se mélanger, Unison, notre couple, tout est lié. Nous sommes des âmes soeurs. On n’aime pas être séparés.
Est ce que ça vous énerve qu’on vous compare à Salem ? Quelles sont vos influences ?
Mélanie et Julien : Personnellement on a jamais vu ni entendu cela. Mais si c’est le cas, c’est plutôt flatteur car on adore ce groupe. On connait leur musique depuis leur tout début, avant même qu’ils sortent la moindre démo. On s’est reconnu chez eux. On a beaucoup de points communs, beaucoup plus qu’avec les autres acteurs de la scène (Drag/Witch House...).
Comme eux on cultive dans notre musique notre part sombre, une forme de désespoir et de mélancolie. Comme eux, on est à cheval entre la campagne et la ville et ça entraine une manière de voir les choses très particulière.
Mais nos influences sont différentes de celles de Salem. On a une culture très variée et des goûts très larges. Notre groupe préféré par exemple c’est My Bloody Valentine. Mais on écoute un peu de tout, du moment que c’est bon. Ça va de la dance music au black metal. D’ailleurs pour se marrer on dit qu’on fait du Deathgaze.
Pas facile de trouver des infos sur vous. C’est quoi Matte Black Editions et Disaro ? Comment vous ont-ils découvert ?
Mélanie et Julien : Ça c’est un truc qui nous caractérise aussi, pratiquement tout s’est fait via le net. Matte Black Editions de Los Angeles sont venus nous trouver sur Myspace en 2009 et nous ont proposé de sortir le EP. Gino Marks (Subtitle) et Dell Edison ont eu un énorme coup de coeur. Nous étions surpris que des américains s’intéressent à nous et c’est à ce moment là que nous avons compris qu’il se passait un truc avec Unison.
Ensuite, en juin 2009, Élise du label Lentonia Records de Paris nous a contacté (également via internet) pour jouer à Paris au Rigoletto et nous a proposé de sortir notre premier LP.
Avec DISARO (Salem, White Ring, oOoOO, Ritualz, Mater Suspiria Vision etc...), ça s’est passé différemment. C’est d’abord White Ring qui sont entrés en contact avec nous pour nous proposer de les remixer. Ce que nous avons fait. Puis Robert Disaro nous a écrit pour nous proposer d’intégrer le clan et sortir quelque chose sur son label, courant 2011.
Light Asylum, le groupe de Shannon Funchess (chanteuse notamment du groupe chk chk chk) vous adore, comment s’est fait la rencontre ?
Julien : J’ai requesté Shannon sur Facebook en 2009 car j’adorai son travail avec Telepathe, et on a eu la chance qu’elle écoute notre musique et en tombe amoureuse.On adore Light Asylum. Shannon est une personne adorable et elle a une voix incroyable.
Quand sort votre album ?
Mélanie et Julien : On est en train de finir le mixage. Il sortira avant l’été.
De quoi va t il parler ? Quels sont vos thèmes les plus chers ?
Mélanie : Nos textes sont très intimes, personnels. Mais globalement ça parle de nous contre les autres. De notre amour et de la haine qui pourrit ce putain de monde.
Ça se traduit par des émanations poétiques rendues assez floues pour évoquer des choses et des idées sans exclure personne.
Quelles sont vos prochaines collaborations et futurs projets ?
Julien : Pas mal de remixes vont sortir. Haussmann, Cibelle, Pyjama, o F F, White Ring (encore), Ritualz (encore, on adore ces deux groupes), Light Asylum, et Party Trash.
On a fait aussi une reprise pour une compile de Cosmotropia de Xam en hommage à Twin Peaks.
On a repris Questions In A World Of Blue du film Fire Walk With Me. C’est notre film préféré avec Gummo.
Mais notre principal projet c’est de jouer le plus possible en live. On est très contents d’avoir joué avec A Place To Bury Strangers, Young Prisms, Suuns, La Sera, Clytem Scanning, Anything Maria, Phoebe Jean, Third Eye Foundation...
Et on va jouer avec Battles, Thee Oh Sees, Gablé, Etienne Jaumet, The Feeling Of Love, La Terre Tremble, Rolo Tomassi et Action Beat au Confort Moderne à Poitiers près de chez nous le 2 juin prochain.
D’ailleurs on lance un appel aux organisateurs de concerts/festivals :
« Bookez-nous ! On joue partout etpour pas cher, haha ! »
Quelques albums et/ou artistes de référence ?
Mélanie et Julien : My Bloody Valentine !!!
Et plein de trucs de shoegaze moderne ou à l’ancienne, toute la scène indie-rock des années 90, la vieille scène hardcore émo aussi, le hip-hop indé, les trucs barges à la Aphex Twin, des trucs extrèmes de doom/black/grind... Et des millions d’autres.Et Salem. On se fout des modes, on marche au coup de coeur. n
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