L'angoisse

Par VINCENT ESTELLON, Extrait de Les États limites, coll. Que sais-je, Puf, Paris, parution avril 2010.   Contrairement à la peur (dont le sujet peut se faire une représentation), l’angoisse ne peut se rattacher à un objet précis ou à une situation : elle envahit l’être sans qu’il ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, ni pourquoi cela arrive. Si l’angoisse de castration (angoisse liée à la perte) est dominante chez les névrosés, les états limites peuvent présenter des angoisses de nature mixtes : angoisses identitaires, angoisses liées à la perte et à l’éloignement de l’objet, angoisses plus primitives d’effondrement. Les travaux de Donald Winnicott sur la crainte de l’effondrement (Fear of Breakdown) sont en rapport avec ce type d’affect. En anglais, breakdown évoque la panne de voiture. Quelque chose s’est cassé ou détraqué dans le moteur ; ou alors, il manque de carburant. On peut l’utiliser également dans le domaine de la santé pour évoquer l’altération, le déclin et le risque de -l’arrêt complet. En termes psychopathologiques cela va donner le risque de « craquer », la crainte de « s’effondrer ». Développée et approfondie par Winnicott en 1974, cette crainte serait liée à une expérience antérieure d’effondrement qui a pu être ressentie lorsque l’environnement n’a pas pu répondre de façon consistance à un état de détresse.Si ce type d’angoisse peut s’apparenter à la psychose, il s’agit de préciser que l’angoisse borderline est