La clinique de la forêt...

La clinique de la forêt noire   Regard sur les images du Finlandais Ilkka Halso.Par Raphaële Bidault-Waddington.   Restauration, tel est le nom de la série d’images que nous propose Ilkka Halso, étonnant artiste finlandais, dont le travail explore de manière quasi-scientifique la dimension artistique et culturelle de l’histoire naturelle.À l’heure de la conscience environnementale avancée, ce sont de véritables ateliers de réparation et de conservation du patrimoine naturel qu’il nous montre ici comme les chambres cachées des ­musées où sont restaurées les œuvres d’art Ancien. « Comme tout le monde le sait, la nature est en mauvais état. Elle doit être rénové ! », nous dit-il d’un ton enjoué.Mais l’image est redoutable, et impossible de croire que ces ouvrages ne visent qu’une opération de « muséification » de la nature, processus à l’arrière-plan intellectuel conservateur dont on connaît les dégâts sur la ville, et qui n’est en rien favorable à une perpétuelle évolution et re-création collective de notre espace vital.Paradoxalement, l’ambiance « nuit américaine », ouvertement créée par un éclairage artificiel démonstratif, tout comme le gigantisme des blocs opératoires in-situ qui nous sont donnés à voir, dénaturent littéralement l’objet même de son travail, ce paysage dit « naturel ». Quasi studios cinématographiques, c’est une série d’espaces fictifs qui s’ouvrent en réalité à nous, pour devenir les décors imaginaires d’une hypothétique Clinique de la Forêt Noire, du nom de la ténébreuse série télévisée allemande des années 80.Entre utopie technologique et dramaturgie, entre thérapie écosystémique et chirurgie esthétique du paysage, la beauté des images de Ikka Halso est une efficace ordonnance de médecine artistique pour nous interroger sainement sur la nature comme réalité fantasmée, tout en intimant l’urgence d’une action environnementale. La Finlande a, d’ailleurs, quelques longueurs d’avance de ce côté-là.