Le Grand Bizarre

Le Grand Bizarre par Reiko Underwater L’intrigueCe jour-là, je reçus une enveloppe anonyme. À l’intérieur, la lettre écrite à la main éveilla ma curiosité :« Tous nés d’une même mère. Bâtards. Enfances perturbées par des imaginations édifiantes. Sortis d’un même ventre, parlant chacun une langue inventée, c’est autour d’une figure paternelle de remplacement, que ces énergies consuméristes se sont fédérées pour offrir un hurlement continu, effroyable. Ainsi se sont noués les liens qui devaient unir une communauté qui fuit à travers les déserts arides de la misère décente.Oubliant les voyages de leurs prédécesseurs hors d’Égypte, c’est hors du monde, mais toujours à dos de dromadaires que la fuite s’organise. Ses prophètes se sont mis en avant et suivant le pas de son meneur, des haleines immenses se sont déchaînées pour exprimer ce que tout un chacun ne ressent qu’en sortant de lui-même.Poursuivis par les différents services sociaux et institutions à la fois censés les protéger et les soutenir, ils avancent sans se retourner et n’ont de cesse de rassembler autour d’eux poètes exclus et esthètes paralytiques, prêchant une parole inaudible aux oreilles de beaucoup. »Était-ce là une prophétie ou alors une signature d’un crime ? Bien entendu, il me fallait comprendre l’objet de ce document. L’enquêteL’affaire devait me mener quelque part, à Poitiers, dans cet endroit  appelé le Confort Moderne.Il semble que les gens parlent beaucoup, là-bas, et mon instinct me dit que je devais y trouver quelques réponses à mes questions.Je prends le train à la gare de Paris-Montparnasse. À Poitiers, la nuit, en hiver. Personne sur le quai de gare. J’avais pourtant prévenu de mon arrivée. Je descends les marches et me dirige vers le parking désert et obscur. Évidemment. Je repère un monospace et, même si les feux sont éteints, je pressens la présence de quelqu’un. Je m’avance vers la voiture. Effectivement, on m’attendait. La porte s’ouvre, pas un mot. Je ne pose aucune question, je ne cherche pas à voir son visage, je monte, et me laisse guider.Arrivée au Confort Moderne, des personnes s’attroupent devant l’entrée, quelques silhouettes désenchantées, errantes et sans visages. Faut-il vraiment les regarder ? C’est visiblement le vernissage d’une exposition. J’entre dans l’espace, on ne distingue pas grand-chose, des voix certainement, des regards. Je m’avance et me mêle à la foule.À l’entrée de l’exposition, des yeux fardés et dorés guettent et inquiètent. C’est un antre, un temple sacré que le visiteur est invité à investir. Une lumière zénithale et une épaisse fumée occupent cet espace sombre, soulignent son étrangeté et animent une atmosphère crépusculaire et inédite.Je m’affaire au bar, sirote un Bloody Mary. Et j’attends…, dans cette ambiance plutôt cosmique. Un inventaire luxuriant et hétéroclite de formes et d’éléments iconiques comme la vitrine d’une divinité prosélyte affichant une mythologie inquiétante, et mystérieuse, s’offre à moi. Je pourrais me laisser facilement emporter, mais je ne suis pas venue pour ça.Plus loin, on distingue une scène. Un spectacle va commencer. C’est là que j’éluciderai mon affaire.Les suspectsDes personnages aux pseudonymes explicites : La Vérité / Guy Stranger / Glove / La Rééducation / La Prophet / Heautontimoroumenos / Post Nose / Le Grand Bizarre. Les indicesLa performance commence, se composant de plusieurs tableaux où chacun apparaît à tour de rôle de manière énigmatique.L’intro dévoile un grand voile qui cache nos suspects. Ces derniers se révèlent par des ombres chinoises. Le manifeste (la lettre que j’ai reçue) est énoncé en fond sonore. Je reste très attentive.Le voile s’ouvre comme un rideau.Le Grand Bizarre apparaît et entame une danse baroque quelque peu naïve.Guy Stranger suit, c’est un étrange personnage donnant un cours incompréhensible sur un tableau. Il nous démontre quelque chose, mais quoi ? Après lui, le duo Glove, l’un doté d’une guitare électrique stridente, et l’autre d’un micro. Elle cherche l’amour, répétant sans relâche une phrase d’un cri perçant. Je cherche moi aussi des réponses.Le Grand Bizarre revient tout nu, avec un cône devant son visage tel un mégaphone, et muni d’un laser ciblant des victimes, tout en lançant des insultes pertinentes mais, finalement, inoffensives.La Rééducation suivra : un duo métallique futuriste s’activant devant des ordinateurs, émettant des sons d’une musicalité inusitée. Post Nose fera son apparition quant à lui depuis Skype. On ne sait pas vraiment où il se trouve. Mais il nous parle : un discours alambiqué. Toujours autant d’énigmes.Le Grand Bizarre revient avec une armure rayée rectangulaire, armé d’une guitare. Da Prophet, tel un MC, effectuera un bazar musical. Heautontimoroumenos, exécutera une danse transcendante, puis Le Grand Bizarre Band, une impro musicale.Pour le final, Guy Stranger reviendra nous réciter un poème dans une baignoire, recouvert de vers de terre. Ce sera la putréfaction emblématique, ou le cadavre exquis. Enivrante confusion. Ce terrain d’expérimentation est un work in progress, dont l’univers impalpable, fantaisiste et mystérieux nous raconte une histoire sans trame. Se laisser plonger dans un environnement presque lynchéen. Comprendre par intuition empirique, percevoir, et laisser la place à la magie rouge.Mes questions resteront ainsi ouvertes, mais ça n’a plus vraiment d’importance maintenant.Je reprends alors le train. Exposition monographique de Théodore Fivel “Mais ! Où est ma scène ?” Jusqu’au 3 avril 2010 Au Confort Moderne- Poitiers. http://legrandbizarre.blogspot.com/
 
 
 
Preface Preface Preface Preface Preface
Editorial
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L'angoisse (FR) L'angoisse (FR)
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