The Holy Mountain
THE HOLY MOUNTAIN d'Alejandro JodorowskyPar El Popo Sangre Http://elpoposangre.blogspot.comFilm culte, et sans égal, des années 70, La Montagne Sacrée est la pierre angulaire du cinéma de Jodorowsky. Abordant ici tous les thèmes qu’il n’a eu cesse de développer pendant sa vie : le tarot, les astres, la peinture, le mysticisme. Film ésotérique par excellence, il est bien plus qu’un parcours initiatique sur la quête de l’immortalité, de l’âme, des limites et de la religion. Je ne vais pas ici, tenter de résumer ou d’expliquer ce film, j’en serais incapable. Je vais m’atteler à vous décrire mon voyage auprès des protagonistes de cette histoire, dans un monde surréaliste pourtant bien réel.«Gold Is Shit»Il devait être deux heures du matin. je vivais chez mes parents et je m’ennuyais. Je zappais et commençais à m’endormir. Sur une chaine, un homme se confiait à une caméra, nous exposant son désarroi lorsqu’il avait découvert sa femme au lit avec un autre chien que le sien, sur une autre des gens se disputaient sur la façon dont mourraient les hommes, sur une autre encore, on y expliquait que l’univers était vaste, que les extraterrestres devaient exister.Dans un dernier sursaut, je change de chaîne. Un homme, vêtu de noir, arborant un chapeau cachant son visage. Deux femmes sont dévêtues.Un ciseau, la perte des cheveux, une mise à nu. Elles sont recueillies au creux de la tunique de cet homme inconnu. Elles naissent à la vie.Le générique. Mes yeux se réveillent, il est là. Jésus est sous mes yeux. Allongé sur le sol, recouvert de mouches, se faisant dévorer.Mais la rose ayant poussé dans le creux de sa main, elle, est bien vivante. Mais où suis-je tombé ? Jésus renaît une fois la rose arrachée, des enfants le crucifient, il se déchaîne, s’évade, fume un calumet avec un estropié. S’ensuit l’errance dans une ville sans nom, où la barbarie, le sang, le foutre, les crapauds et l’alcool sont les maîtres.Merde alors, j’ai notre monde sous les yeux ! Exactement là où nous en sommes. La laideur de notre humanité m’est dépeinte sans complexe, sans hypocrisie. Nous nous considérons comme des martyrs alors que nous ne sommes que nos propres bourreaux. Nous crucifions, nous rendons ivres, et nous transformons nos incônes en objet du commerce.Je m’étais lassé du cinéma il y a déjà quelques temps. Je n’y trouvais plus d’intérêt. Je m’ennuyais, on me racontait des histoires sans jamais trop y croire. On me présentait des personnages auquels je ne croyais pas, j’écoutais des dialogues qui me semblaient rédigés. Et ce soir là, je fus confronté à une réalité que je ne connaissais pas. À un monde irréel qui est pourtant bien celui dans lequel j’évolue.Sauf que cette fois, le réalisateur ose. Enfin. Il ose franchir les limites, ne passe rien sous silence. Ce film est une masturbation jubilatoire sur le monde spirituel et cartésien. Les vérités plurielles nous sont jetées en pâture, la révélation des coulisses de notre monde sous une forme indigeste mais d’une précision absolue.À chaque visionnage du film, à chaque image, je ne cesse d’être troublé. Je ne cesse d’en tirer des enseignements, je découvre des vérités. Le monde se révèle astral. Nos existences n’ont d’importance qu’une fois que nous réussissons à nous en détacher.La place du spectateur n’est pas passive et nous sommes des candidats potentiels à l’immortalité.«Zoom Back Camera»Et c’est ainsi que pendant 1H50, je suis resté planté là. Devant ma télé, béat, tel une personne écoutant la réponse à la grande question de la vie. Je tentais de tout assimiler, de tour retenir, de voir plus loin encore que ce que l’on me montrait, mais je n’y arrivais pas.Tout était bien trop important, prenant. Il valait mieux que je me laisse guider, quitte à me faire endoctriner, que je découvre le début de mon parcours. Je me souviens avoir eu un sourire idiot tout le long du film. Mais pourquoi un tel enthousiasme? Peut être car ce film à su me définir, que j’y ai trouvé une liberté que je ne pensais pas trouver.La vie n’est pas ce film, les réponses ne s’y trouvent pas non plus. Tout comme l’immortalité ne se trouve pas sur cette pellicule, cette musique, ces images, ces acteurs, ces costumes. Evidemment que non. Je suis face à des comédiens récitant un texte apris par coeur, y donnant telle ou telle intonation.Ce n’est jamais qu’un film. Une introduction. Ce n’est pas auprès de ces cameramen, de ses perchmen et autres scripts, que je vais m’absoudre de toute convention. Notre existence est ailleurs .Nous devons vivre et poursuivre notre quête. Dans un monde bien réel, et laisser les illusions au factice. Apprendre ce qui nous semble bon, écouter ceux qui nous semblent vertueux. Nous avons tous un objectif diffèrent. Tous une vision différente. Nous ne sommes pas ensemble, en train de gravir la même montagne.